Après deux allers-retours sur le sel, nous lavons soigneusement les véhicules à l'eau. Nous les pulvérisons ensuite d'huile et de graisse pour les protéger lors des trajets suivants.
Ici le sel est suffisamment dur et on peut y conduire des véhicules lourdement chargés, mais par là-bas le sol est plus meuble... et les camions risquent de s'y enliser.
Soudain, la blancheur infinie est troublée par des silhouettes au loin. Après quelques instants, les piles de sel en forme de pyramides deviennent plus reconnaissables. Dario arrête son véhicule, descend de cabine et explique à Edgar, Ivan et Paulino ce qu'il attend d'eux. Il faut tout d'abord charger trois piles de sel sur un côté de la plateforme, puis le véhicule est déplacé dans l'autre sens, après quoi trois autres piles de sel peuvent être chargées de l'autre côté de la plateforme.
« Il est crucial de charger des deux côtés de la plateforme afin d'éviter tout déséquilibre », explique Dario.
Il pointe le doigt vers l'horizon.
« Ici le sel est suffisamment dur et on peut y conduire des véhicules lourdement chargés, mais par là-bas le sol est plus meuble. Les camions risquent de s'y enliser. »
En ce moment le désert de sel est sec, mais pendant la saison des pluies en été, le lac Popoó déborde et recouvre le désert d'eau. L'eau peut atteindre un mètre de hauteur par endroits.
« C'est la raison pour laquelle nous constituons une réserve de sel à Colchani avant la saison des pluies, pour effectuer le chargement depuis ici. Aucun producteur ni conducteur ne travaille dans le désert de sel pendant les pluies. »
Paulino, Edgar et Ivan déversent les dernières pelletées sur la plateforme. Voilà près de trois heures qu'ils sont à l'œuvre. Ils rejoignent ensuite Colchani à bord de l'un des nombreux véhicules de tourisme qui sillonnent la région.
Avant de rentrer, Dario et son camion sont pris dans une tempête de sable. Le vent souffle dans les déserts de pierre voisins et soulève des nuages de sable sombres. Les fines poussières retombent ensuite sur le désert de sel.
Dario prend place à bord et patiente le temps que la tempête s'apaise.
« Ça ne dure en général pas plus d'une heure, puis la tempête s'essouffle », explique Dario. Il allume la radio ; le présentateur du journal déroule les actualités locales par saccades.
Dario avait raison : la tempête s'estompe. Au loin, les nuages menaçants quittent le désert de sel lorsque Dario lance le moteur.
Caractéristiques techniques : Tracteur Volvo FH16 avec remorque brésilienne de marque Randon. Conçu pour les longues distances et de lourdes charges, ce véhicule de 2005 est équipé d'un moteur six cylindres en ligne de 16,1 litres développant une puissance de 610 ch et un couple de 2 800 Nm dans une plage de régimes comprise entre 1 000 et 1 500 tr/min.
Utilisation : transport de borax et de soufre depuis les mines de la région, et transport de sel depuis le désert de sel dans le pays et à l'international. Une mission type dure entre 14 et 18 heures. Environ 70 000 km/an.